1 juin 2005

Pakistan Freeride 2005

Destinations:

  • Plateau de Deosai (Pakistan)
  • Shimshal (Pakistan)

Membres:

Dates:

  • 05/04/2005 - 01/06/2005

Galerie:

Sponsors:



Par Gus Hurst:

En arrivant dans la capitale du Pakistan, j'étais aussi surpris de voir des immeubles modernes et des pavillons luxueux que de découvrir à quel point la remuante ville d'Islamadad était cosmopolite. Le Pakistan moderne, en soi un pays jeune de plus de 150 millions d'habitants, est né des cendres de l'Inde Britannique en 1947. Terre ancienne imprégnée des mystères et histoires des siècles d'invasions de guerriers tels que Alexandre le Grand et Genghis Khan, le Pakistan est situé au carrefour de l'Asie et le Moyen Orient, avec des frontières avec l'Inde, le Chine, l'Afghanistan et l'Iran. Une multitude de cultures et de tribus nomades se sont établies ici, et bien que la religion prédominante soit l'Islam, il y a autant de variations de croyances religieuses qu'il y a de langues parlées. Malgré le fait qu'il y ait des zones du pays que vous, en tant que touriste, devriez éviter, l'ambiance est celle d'un pays paisible dont le peuple a une chaleur, une générosité et une curiosité au-delà de toutes attentes. Ces gens sont aussi fiers de leur héritage culturel qu'ils le sont des 5 sommets sur 14 de plus de 8000 qui émergent des chaînes convergentes de l'Himalaya, de l'Indu Kush et du Karakoram, et qui se trouvent au nord du pays.


La Karakoram Highway (KKH) fut le début de nos aventures dans ces montagnes, à la recherche de Snow Kite de rêve. Remontant la légendaire Route de la Soie, notre chemin était surplombé de falaises vertigineuses, traversait d'innombrables zones d'éboulements en chancelant au dessus de l'Indus, tout en serpentant à travers les premiers contreforts de l'Himalaya depuis Islamabad. Un voyage le long de la KKH est une aventure imprévisible en soi, des glissements de terrain et des avalanches dévalant régulièrement des sommets de plus en plus impressionnants au fur et à mesure que l'on remonte la vallée. La Route de la Soie est une des merveilles du monde, un portail par lequel religions, commerce et guerres sont passés, mais un chemin hasardeux à suivre. Pendant deux longues journées, avec Sigve Botnen et Johann Civel, les riders du team international d'Ozone, nous nous sommes enfoncés plus profondément dans ces montagnes, secoués dans tous les sens dans notre minibus et souffrant de maux de tête à force de regarder en l'air pour observer ces sommets d'une toute autre envergure que dans nos bonnes vieilles Alpes, bien lointaines à présent. Nous échangions des sourires et recevions des signes de bienvenue tout au long de la route, traversant villages et vergers en fleurs. Seuls quelques routards et alpinistes semblent s'aventurer dans ces vallées perdues, donc rien d'étonnant que notre petite session de kite, sautant des falaises bordant les plages de sables le long de l'Indus, ait attiré autant de monde. Ils n'avaient jamais vu de kites avant notre arrivée.

Après avoir rejoint à Skardu les 3 derniers membres de l'équipe, Anoushka Mullgrew, Zoe Smalley et Félix Hentz, qui avaient déjà passé quelques jours à organiser les porteurs et la nourriture pour nos 11 jours en altitude, nous avons quitté la KKH dans deux vieilles jeeps chargées à bloc pour nous enfoncer sur une piste défoncée qui montait vers le plateau de Deosai. Vers 3000m, de nombreuses avalanches qui bloquaient la route ayant décidé du début de notre trek vers le plateau, nous commençâmes à pied. Mais très vite la neige fut suffisante pour chausser les skis et les peaux. La petite brise qui remontait cette vallée étroite donna vite des idées aux kiters d'Ozone qui déplièrent leurs Frenzy 12m sous les yeux ébahis des porteurs. Ceux-ci ne mirent pas longtemps à comprendre les avantages du kite, applaudissant aux loops de Sigve et Johann qui les dépassaient sans efforts dans cette neige de printemps, mais un peu jaloux quand même de devoir continuer à pied. Même moi je ne pouvais pas imaginer qu'il serait possible de kiter jusqu'au camp de base à plus de 4000m. À cette altitude chaque mètre gagné à l'aide du vent soulageait nos poumons déjà en surchauffe.

Une petite maison en pierre allait nous servir de camp de base. Une seule petite pièce avec un sol en béton congelé mais bien utile pour installer notre cuisine-salle à manger. Bien que nous ayons 4 superbes tentes Terra Nova, personne n'avait eu le courage de les monter après une journée si éprouvante. Nous avons donc passé notre première nuit serrés les uns contre les autres dans ce congélateur du bout du monde. Notre équipe de porteurs s'était arretée plus bas dans un autre abris, lorsque la neige devenait trop molle pour continuer avec leurs équipements inadaptés, des baskets! Au petit matin ils arrivèrent tous, marchant en file indienne sur cette neige dure et immaculée, un peu comme des pingouins sur la banquise. Au même moment Johann traçait déjà les premières courbes dans la poudreuse des collines de Deosai qui s'étendaient devant nous à perte de vue, en bordure du plateau, des sommets de plus de 6000m se détachant de ce panorama irréel. Un lieu plus incroyable encore par la solitude qui nous entourait... Peu de gens, si ce n'est personne, n'avait jamais skié sur ce plateau qui pourrait très bien être le toit du monde et nous sommes les premiers à kiter dans l'Himalaya. Lorsque les porteurs nous remercièrent pour leurs heures payées en nous souhaitant bonne chance, nous restâmes seuls là-haut pour commencer nos explorations.

Au deuxième jour, n'étant pas encore bien acclimatés, toutes nos activités physiques constituaient un exercice de contrôle de respiration. Mais la motivation pour aller kiter était trop forte, une belle lumière et une brise constante de 10kmh avait redonné vie au camp de base congelé par une nuit à –20°C sous la tente. Johann s'élança le premier, remontant régulièrement la pente de la colline d'en face, au sommet il capta un vent plus fort qui le propulsa à pleine vitesse vers une ligne de crête plus lointaine. Pendant que Sigve se préparait à partir à son tour, en 15 minutes Johann avait parcouru assez de distance pour n'être qu'un point à l'horizon sur un sommet sans nom à plus de 4600m. La chaleur intense du printemps commençait a transformer cette neige jusque là poudreuse. Sigve et Johann en profitaient à fond et laissaient d'étranges zig-zags à la montée et de belles courbes à la descente, leurs kites accélérant d'autant plus leurs rides. Ils remballèrent leurs kites dans les sacs à dos et revinrent au camp de base. Après une petite session freeride sur les pentes vierges de Deosai, ils nous racontèrent leures aventures, tout excités par l'incroyable vue panoramique depuis le sommet qui s'étendait jusqu au mythique K2.

Six cent mètres de dénivelé gagné en un quart d'heure: impressionnant!
On allait se rendre compte, lors d'une rando de 4 heures après quelques jours sans vent, de la distance parcourue par les kiteurs. Les kites spécialisés pour la montagne ont un potentiel énorme dans un endroit pareil, et on commence juste à s'en rendre compte. Contrastant avec nos attentes de conditions extrêmes pour sortir les 5m, nous allions endurer quelques jours sans le moindre souffle avant qu'un blizzard nous apporte notre vent si désiré et une couche de neige fraîche. Cette fois-ci, je dépliai mon kite à temps pour profiter des conditions. Le vent était assez turbulent, mais mieux orienté pour remonter les pentes environnantes, et je retrouvai vite des sensations au fur et à mesure que je gagnais de l'altitude, découvrant de nouveaux horizons. Grosse frayeur pour Sigve lorsqu'une forte rafale le propulsa involontairement à plus de 20m du sol. Ce courant d'air instable le garda en l'air pendant plus d'une minute avant qu'une accalmie lui permit de retoucher la neige. Aucun Kite loops ni tricks sur ce vol, ce qui prouvait bien que Sigve n'avait pas apprécié son petit voyage au 7eme ciel.

Avec Kamil derrière la caméra et mes appareils prêts à se mettre en action, on kitait jusqu'au coucher du soleil , et le calme revint aussi vite que le blizzard nous avait surpris. Félix Hentz nous avait rejoints, un kiteur encore novice, mais qui démontrait par son enthousiasme et sa persévérance comment le snowkite entraine une dépendance immediate! Attention a vous!!! Félix est un trés bon skieur, avec une grande expérience au Pakistan mais il n'avait jamais fait voler de kite 4 semaines avant le départ de l'expé. Encouragé par mes discours sur les nombreux avantages de l'utilisation des kites pour la rando et par la livraison d'un gros colis de Frenzy d'Ozone devant ma porte, il s'est vite converti.

Ali Khan, notre superbe guide et compagnon nous attendait au camp avec des applaudissements et embrassades, sans oublier les innombrables “Inch'Allah” (l'éternelle expression “si Dieu le veut”). Le plus mauvais guitariste du monde et cuisinier, Ali Yaqoob, nous divertissait avec sa musique et ses chants traditionnels, alors que de notre coté nous experimentions de nouvelles danses, probablement inspirées par l'altitude. Zoe et Anoushka, les deux snowboardeuses, laissaient tomber leurs séances de kite sans vent derrière le camp ( habituées à la montée en raquette avec la board sur le sac à dos, la jalousie de nos ascensions en kite avaient rechargé leurs réserves de motivation! ) et pendant que nous entamions une nouvelle danse, un plat traditionnel du Baltistan était en préparation. Deosai veut dire “Esprit” en Urdu, et comme nos ésprits étaient tous en harmonie après ce diner baltit, je sortis une bouteille de whisky pur malt de 10 ans d'age que j'avais difficilement conservée intacte et pleine… clôturant ainsi une journée parfaite au coeur de l'Himalaya.

Notre dernière nuit à Deosai fut mémorable. Nous dansâmes frénétiquement autour d'un feu de camp avec les porteurs, tous de retour avec leur énergie musicale. Le lendemain matin nous avons partagé les centaines de kilos d'équipement vidéo, photo, de ski, de kite et du camp de base pour tout redescendre dans la vallée. Bien sûr nous espérions un peu plus de jours avec de l'air, mais nous avons plus que goûté au kite himalayen, de même qu'à une inoubliable expérience culturelle dans un pays fascinant, à la rencontre de ces gens formidables et si hospitaliers. Je recommande vraiment un voyage dans ce coin perdu du monde, loin des plages, un terrain parfait pour les mountain boards et buggies, des lacs d'altitude pour le kitesurf et plus que suffisant pour satisfaire les appétits des aventuriers les plus affamés…

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